Définition de siler
Le mot québécois siler signifie produire un son aigu. On l’emploie dans différents contextes: pour désigner un bruit sourd et continuel que l’on croit entendre (après une déflagration, etc.), un cri aigu et plaintif de chien ou une respiration difficile et gênée qui produit à une sorte de sifflement. En français international, on parlera d’oreilles qui bourdonnent, d’oreilles qui sifflent ou d’oreilles qui tintent, de chien qui glapit et de respiration sifflante.
On dit aussi le vent sile pour le vent souffle selon le Dictionnaire des canadianismes de Gaston Dulong, etc., mais nous n’avons jamais constaté personnellement cet emploi. Il pourrait donc être en voie de sortir de l’usage.
En français québécois, le nom correspondant au verbe siler est silement. Le terme qu’emploiera spontanément un Québécois qui se présente chez son médecin pour lui parler de ses oreilles sera silement d’oreilles plutôt que tintement, bourdonnement ou acouphène.
Le verbe siler s’emploie aussi en Saskatchewan francophone (voir les citations), en Louisiane, sous la forme siller (Jules Daigle, A Dictionary of the Cajun Language, 1984), en Suisse (Le Nouveau Littré) et dans certaines parties de la France (voir les citations). Il s’utilise aussi (ou s’est utilisé) en Acadie, puisqu’il est présent dans le Glossaire acadien de Pascal Poirier, un ouvrage de référence ancien. Le Dictionnaire des canadianismes (1999) de Dulong donne aussi l’orthographe ciler avec le sens de « Rire mais en essayant de se retenir. ».
Historique
La première attestation québécoise de ce mot est de 1880, époque à laquelle le linguiste québécois Oscar Dunn a consigné ce mot dans son Glossaire franco-canadien et vocabulaire de locutions vicieuses usitées au Canada:
- Pop. can. Ce chien Sile, pour Se lamente. Les oreilles m’ont Silé, pour Tinté. La balle m’a Silé aux oreilles, pour Sifflé. Dans le Ctre. de la Fr., se dit particulièrement du Sifflement que font entendre les oies et certains serpents. Dans le Poit., Pousser un cri aigu.
Le mot siler remonte en fait au moyen-âge:
- la force d’un cillant vent [citation de l’an 1230 environ, Anglo-Norman Dictionary, site consulté le 13 décembre 2025]
- un vent sech et silant [citation de l’an 1334 environ, Anglo-Norman Dictionary, site consulté le 13 décembre 2025]
Une autre attestion ancienne se trouve dans une liste de termes relevés en 1780:
- Siler, glapir. [Burgaud des Marets, Glossaire du patois rochelais, 1861]
Selon Usito, le verbe siler viendrait d’un latin hypothétique cīsculare et serait à rapprocher de l’occitan cisclar « pousser des cris aigus ».
Citations
Voici une citation illustrant un usage moderne de ce mot en France:
- Les balles silaient au-dessus d’yeu tête. [Guillaume Terrien, Dictionnaire de patois et expressions des Mauges, site consulté le 12 décembre 2025]
Cette autre citation montre que le mot s’emploie aussi en Saskatchewan:
- Chez-nous, siler était souvent utilisé pour décrire le vent qui sile dans nos oreilles, le silement du vent. [Musée virtuel francophone de la Saskatchewan, « Des mots: Toutoune », site consulté le 13 décembre 2025]
Traductions
L’expression québécoise j’ai les oreilles qui silent se traduit en anglais par my ears are ringing ou there’s a ringing in my ears, en espagnol par me zumban los oídos et en italien par mi fischiano le orecchie.
Siler au sens d’« avoir de la difficulté à respirer » se dit to wheeze en anglais, resollar ou respirar con silbido en espagnol et respirare sibilando ou ansimare en italien.
Siler au sens de « pousser des cris plaintifs » se dit en anglais to yelp, en espagnol gañir et en italien guaire.