Saviez-vous que le parler des Vosges, en Lorraine (tout près de l’Allemagne), a bien des points en commun avec le français québécois? En effet, si le français québécois est plus près des parlers du nord-ouest comme le normand, le gallo, l’angevin, etc., il n’en reste pas moins que certains ancêtres des Québécois venaient de Champagne et de Lorraine. Qui plus est, les parlers du nord de la Loire ont bien des points en commun entre eux. Pas étonnant, donc, de retrouver tant de similitudes et de mots propres aux Vosges et au Québec, mais pas forcément connus ailleurs en France, comme à Paris.
Pour rédiger ce court article, différents glossaires vosgiens en ligne ont été utilisés, tout particulièrement ceux qui sont disponibles sur le site du Projet Babel.
Les repas
Si en français standard les trois repas sont le « petit-déjeuner », le « déjeuner » et le « dîner », dans les Vosges comme au Québec, on parlera de « déjeuner », de « dîner » et de « souper ». Cette manière de faire québécoise et vosgienne est d’ailleurs plus logique, car le « déjeuner » est étymologiquement la fin du jeûne, entamé au coucher, qu’on rompt. Le principe de jeûne auquel on met fin est le même en anglais (« breakfast »), en espagnol (« desayuno ») et en portugais (« desjejum »).
Le suffixe « -ou »
En comparant le vosgien et le français standard, une chose qui frappe, c’est la tendance en vosgien à prononcer « -ou » là où le suffixe « -eur » est de rigueur en français standard :
- baignou : baigneur
- chantou : chanteur
- mingeou : mangeur
- mentou : menteur
Dans tous les cas ci-dessus, on peut adopter un suffixe semblable en français québécois, le « -eux » : « baigneux », « chanteux », « mangeux », « menteux », souvent avec une connotation péjorative ou familière.
Les bluets des Vosges
En France, on vend sous le nom de « bluets des Vosges » ce que les Québécois appellent tout simplement « des bleuets ». Oui, oui, avec un E de plus, comme dans « bleu ». Les « bluets des Vosges », qui viennent en fait du Canada à l’origine, et non pas des Vosges, se cultivent aussi dans le Massif central et dans les Alpes. Le fondateur de la ville de Québec, Champlain, parlait de « bluës » pour désigner ce fruit :
- je vous asseure qu’il se trouve le long des rivieres si grande quantité de bluës, qui est un petit fruict fort bon à manger (Samuel de Champlain, 1604-1607)
Le terme employé par Champlain ci-dessus (« bluës ») s’emploie d’ailleurs dans les Vosges, mais pas au Québec, où les termes « myrtilles » et « airelles » sont également rarissimes.
Quelques mots typiquement québécois dans les Vosges
Voici une liste de mots typiquement québécois qui s’emploient dans les Vosges :
- « Lambinou » : Se dit « lambineux » au Québec. Les Québécois n’emploient jamais le mot « lambin », l’équivalent standard de ces mots.
- « Cocotte » : si les Québécois connaissent aussi le synonyme « pomme de pin », le mot « cocotte », dans ce sens, est courant et bien vivant.
- « Bès » : Les Vosgiens emploient « bès » (ou « chaussottes ») pour désigner le vêtement qui recouvre le pied. Les Québécois appellent cela des « bas » et comprennent « chaussettes », qu’ils n’emploient pas vraiment.
- « È ç’t (h)oûre » : Les Québécois emploient « à cette heure » (on écrit aussi « astheure ») dans leur parler populaire au sens de « maintenant ». Cette expression est très ancienne. Elle s’employait en français du XVIe siècle, chez Rabelais, par exemple. Le Grand Robert la décrit comme vieillie ou rurale.
- « Clanche » ou « clenche » : Les Québécois connaissent ce mot au sens de « poignée de porte », tout comme le verbe « clencher » (fermer une porte) d’ailleurs. Ce sens du mot « clenche » est présenté comme un belgicisme dans le Larousse et le Robert, mais couvre, on peut le constater, un territoire bien plus étendu. Il s’emploie aussi en Normandie.
- « Béteût » : En français québécois populaire, « bientôt » se dit « bétôt » ou « betôt ».
- « ènoyant » : Se dit « ennuyant » au Québec, où le mot est courant. Il s’emploie aussi en Louisiane, en Belgique, au Burundi et en Algérie.
Conclusion
Évidemment, la liste pourrait s’allonger encore de beaucoup. On pourrait sans doute en faire tout un lexique, ou peut-être même un dictionnaire, entreprise intéressante, mais aussi longue et exigeante. Il faudrait pour cela un œil aiguisé pour être en mesure d’établir des parallèles entre les deux variétés de français malgré les aléas de l’orthographe. Il faudrait aussi déterminer l’importance qu’on accorderait à certains mots québécois tombés dans l’oubli, décrits dans les dictionnaires anciens comme ceux de Dionne, de Dunn et de la Société du parler français au Canada, car on peut y voir encore plus de similitudes avec le vosgien. En voici quelques exemples :
- « Dous’ » : « deusse » en québécois d’autrefois, c’est-à-dire « deux ».
- « Freumi » : « frémi » et « frémille » en québécois d’autrefois, c’est-à-dire « fourmi ».
- « Lîndi » : « lindi » en québécois d’autrefois, c’est-à-dire « lundi ».
Il y aurait sans doute aussi des liens à faire avec le folklore, par exemple la « chasse-galerie » des Québécois est connue dans toute la France sous différents noms, y compris en Lorraine, où on parle de « haute-chasse ».