Le Québécois expliqué par les chiffres et les dates
Pourquoi les Québécois ont-ils un accent?
Tout le monde a un accent, bien sûr. Voici d'où vient celui des Québécois.
Alexis de Tocqueville, écrivain français, voyageur et académicien, a visité Québec et Montréal en 1831. Il décrit l'accent des francophones de l'Amérique du Nord comme normand et il était lui-même d'origine normande.
En 1853, dans Promenade en Amérique : I. La Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-France Jean-Jacques Ampère, qui avait séjourné au château de Tocqueville, en Normandie, écrivait :
L'accent qui domine à Montréal est l'accent normand. Quelques locutions trahissent pareillement l'origine de cette population, qui, comme la population franco-canadienne en général, est surtout normande.
Les frères Verbrugghe (Promenades et chasses dans l'Amérique du Nord, 1879) paraissent du même avis :
Quant à l'accent, il est demeuré franchement normand ; les Normands en effet, ainsi que les Picards et les Bretons, sont les pères des Franco-Canadiens.
De plus, différents facteurs historiques et phonétiques ont contribué à creuser l'écart entre le Québec et la France. Le départ des élites de la Nouvelle-France vers la métropole après la Conquête en est un. En Europe, la disparition de la distinction entre les voyelles longues et les voyelles courtes comme « pâte » et « patte » en est un autre.
L'émission Aujourd'hui l'histoire diffusée à Radio-Canada le 20 mars 2026 a justement abordé la question de l'accent québécois. L'Université Laval possède également une page très détaillée sur les témoignages de différents voyageurs du XIXe siècle.
Pourquoi parle-t-on français au Québec?
Les ancêtres des Québécois d'aujourd'hui sont des colons qui ont émigré à partir du début du XVIIe siècle pour venir s'établir dans ce qu'on appelait alors la Nouvelle-France. La langue s'y parle depuis ce temps-là, même si elle a évolué au fil du temps.
Pourquoi le français québécois est-il différent?
Après la bataille perdue des plaines d'Abraham, en 1759, la Nouvelle-France passe aux Anglais. Les élites de Nouvelle-France retournent dans la mère-patrie. Pendant près de 100 ans, c'est à dire jusqu'au passage en 1855 de la corvette La Capricieuse à Québec, les contacts diplomatiques sont coupés et les deux variétés de français que sont le français québécois et le français de France évoluent chacune à leur manière.
Les francophones d'Amérique apprennent à vivre avec de nouvelles institutions comme le parlementarisme britannique. Ils participent à la guerre de 1812 contre les États-Unis. Les patriotes se soulèvent (1837-1838). Pendant ce temps, les Français subissent eux aussi les bouleversements de l'Histoire comme la Révolution (1789), l'avènement de la République (1793), l'ascension de Napoléon (1803), la Restauration (1814), la Seconde République (1848), puis le début du Second Empire (1852). Tous ces événements se déroulent sur une période d'une centaine d'années sans qu'officiellement il y ait eu de relations entre les deux nations.
Cela a eu un impact sur la langue parlée au Québec. Le départ des élites a favorisé l'emploi de tournures caractéristiques du français populaire (Tu veux-tu?) et la propagation d'expressions considérées comme régionales en France (rester pour « habiter », etc.). En 1831, le célèbre écrivain français d'origine normande Alexis de Tocqueville, qui séjourne aux États-Unis, profite de l'occasion pour passer à Montréal et à Québec. Il constate l'influence de la langue anglaise depuis la Conquête.
Combien de personnes parlent le français québécois?
Selon les données du recensement de 2021, il y a 7 074 328 de francophones au Québec (84,1 % de la population). Au Canada, il y a un total de 8 066 633 de francophones, qui représentent 22 % de la population. Les provinces où le plus de francophones vivent, après le Québec, sont l'Ontario, où habitent 533 560 de francophones (3,8 % de la population) et le Nouveau-Brunswick, où habitent 231 850 francophones (30,3 % de la population). Les variétés de français qu'on y parle sont légèrement différentes (le français acadien, au Nouveau-Brunswick, en particulier). En raison de l'immigration dans les grandes villes, de nombreuses variétés de français sont représentées sur le territoire québécois (français de France, du Maghreb, d'Afrique subsaharienne, etc.).
Les Québécois et les Français se comprennent-ils?
Oui. Les Québécois et les Français se comprennent. Sur 126 687 Français établis au Canada en 2026, 73 % vivent au Québec, et ce choix s'explique entre autres parce qu'on y parle français. Il y a également de nombreux francophones de partout en Afrique qui vivent au Québec, ce qui montre bien que l'intercompréhension est là. D'ailleurs, le contenu de cette page est écrit dans un français compréhensible de tous les francophones, peu importe leur provenance. C'est surtout le québécois familier qui représente une embûche pour les nouveaux arrivants.
Est-ce que le québécois est de l'ancien français?
Non. L'ancien français (ou vieux français) est la langue qui s'est parlée en France du IXe siècle jusqu'à l'année 1330 environ. C'est à partir du début du XVIIe siècle que les premiers Français sont venus s'établir au Québec, et on désigne sous le nom de « français classique » la langue parlée à cette époque. Il est vrai que le français québécois possède certaines caractéristiques qui le rapprochent du français classique (usage d'à cause que pour « parce que », expression employée d'ailleurs par Molière, etc.). Décrire le québécois comme du vieux français est aussi inexact que de dire qu'un Britannique d'aujourd'hui s'exprime comme l'aurait fait Shakespeare.
Est-ce que le français québécois est un dialecte?
Non. Voici ce qu'en disent les éditions Le Robert (Le Grand Robert, sous « dialecte ») :
Variété régionale d'une langue possédant assez de caractères spécifiques pour être considérée comme un système linguistique en soi (une langue fonctionnelle) — ce qui distingue le dialecte de l'usage d'une langue (le français québécois n'est pas un dialecte).
Combien de mots et sens québécois y a-t-il?
Plusieurs milliers. Il est bien difficile de chiffrer cela précisément étant donné qu'il s'en forme régulièrement de nouveaux et que d'autres disparaissent sans nécessairement que les dictionnaires les répertorient. La meilleure façon d'en avoir une idée approximative est de compter les québécismes dans les dictionnaires spécialisés en la matière.
- Dulong, 1999 : 9463 entrées
- Bergeron, 1980 : 13 770 entrées
- Glossaire du parler français au Canada : 11 935 entrées
- Dionne, 1909 : 9751 entrées
- Clapin, 1894 : 4134
- Dunn, 1880 : 1762
Ainsi, on peut affirmer sans se tromper que les québécismes se comptent par milliers. Les ouvrages les plus complets en recensent plus de 10 000. Les Québécois ne les connaissent pas forcément tous. Certains sont désuets (canard, bombe, etc.) d'autres ne s'emploient pas sur tout le territoire (malaucoeureux, etc.), d'autres encore relèvent de la langue technique, etc.
Pourquoi les Québécois emploient-ils des jurons associés à la religion (les sacres)?
C'est en effet une nette tendance des jurons québécois que de se rapporter à la religion, mais ce n'est pas un phénomène purement québécois. On n'a qu'à penser à « sapristi! ». La forme « cristi! », qui pourrait être perçue, à tort, comme proprement québécoise, possède la même étymologie religieuse (sacristie). La dernière de ces expressions, bien vivante au Québec, peut se trouver chez des auteurs français comme Jules Vallès, Eugène Labiche, Alphonse Daudet, Guy de Maupassant, etc.
Le phénomène existe aussi en anglais (Jesus Christ!, damn!), en italien (Cristo!, dannazione!), en espagnol (¡Jesús!, ¡maldito sea!, ¡maldita sea!) et sans doute dans bien d'autres langues encore.
Pourquoi les Québécois parlent-ils de blonde?
En réalité, le mot blonde s'est employé de cette manière en français d'Europe (et s'utilise toujours non seulement au Québec, mais aussi en Louisiane). Il se trouve notamment dans les vieilles chansons françaises comme Auprès de ma blonde (fin du XVIIe siècle), etc. À l'origine, dans le fait de dire « ma blonde », il y avait sans doute autant d'affection que dans « ma douce ». En effet, les blondes semblent avoir eu la réputation d'être douces, ce qui n'est pas sans rappeler la douceur du tabac blond et de la bière blonde. Jean-Jacques Rousseau évoque dans ses Confessions (1782-1789) cet air de douceur des blondes auquel mon coeur n'a jamais résisté
.
La première date d'attestation au Canada, l'année 1810, correspond à l'apparition du terme dans le dictionnaire Néologie canadienne, écrit par Jacques Viger, premier maire de Montréal.
Depuis quand parle-t-on le français québécois?
La province de Québec n'a été créée qu'en 1774 par l'Acte de Québec. Par conséquent, les spécialistes préfèrent dans ce contexte à « français québécois » des expressions qui paraissent moins anachroniques comme « français laurentien ».
De 1743 à 1758, le père Potier a écrit Façons de parler proverbiales, triviales, figurées, etc., des Canadiens au XVIIIe siècle, ouvrage qu'on pourrait considérer comme l'acte de naissance du français laurentien, car déjà il y avait assez de matière pour en justifier l'écriture.
Cela dit, des expressions typiquement québécoises sont apparues bien avant cette époque. Par exemple, Gabriel Sagard emploie suisse (= tamia, sorte d'écureuil) dans son Grand Voyage du pays des Hurons (1632) et le mot siler s'employait déjà au XIIe siècle (un vent sech et silant
).